La rivalité stratégique entre les États-Unis et la Chine franchit une nouvelle étape. Le Département de la Défense américain a publié une mise à jour majeure de sa liste des « entreprises militaires chinoises » opérant aux États-Unis, désignant officiellement plusieurs géants technologiques et industriels chinois comme étant liés au complexe militaro-industriel de Pékin.
Parmi les entreprises les plus emblématiques figurent Alibaba Group, Baidu, BYD, BGI Group ainsi que plusieurs filiales du groupe Autel Robotics.
Selon Washington, ces sociétés participeraient directement ou indirectement à la stratégie de « fusion civilo-militaire » mise en œuvre par Pékin. Cette doctrine vise à exploiter les innovations développées dans le secteur privé afin de renforcer les capacités technologiques et militaires de l’Armée populaire de libération.
Cette décision intervient à quelques semaines de l’entrée en vigueur de nouvelles restrictions. À partir du 30 juin 2026, le Département de la Défense américain ne pourra plus conclure, renouveler ou prolonger de contrats avec les entreprises figurant sur cette liste ou avec les entités qu’elles contrôlent directement.
Une seconde étape est déjà prévue pour 2027. Les restrictions s’étendront alors indirectement aux fournisseurs et sous-traitants utilisant des produits ou services issus de ces entreprises chinoises dans leurs propres contrats avec le Pentagone.
Parmi les entreprises visées, Alibaba et Baidu occupent une place particulière. Ces deux groupes sont au cœur du développement de l’intelligence artificielle chinoise, des services cloud et des infrastructures numériques. Pour Washington, ces technologies possèdent un potentiel dual, à la fois civil et militaire, rendant difficile toute séparation entre activités commerciales et intérêts stratégiques nationaux.
Le cas de BYD est tout aussi significatif. Devenu le premier constructeur mondial de véhicules électriques, le groupe contrôle également une part importante de la production mondiale de batteries. Or, les batteries avancées sont considérées comme une technologie stratégique essentielle pour les véhicules militaires, les systèmes autonomes et le stockage énergétique de défense.
Le géant de la génomique BGI fait également l’objet d’une attention particulière. Depuis plusieurs années, les autorités américaines s’inquiètent de l’accès potentiel de Pékin à d’importantes bases de données génétiques internationales. Les questions liées à la collecte et à l’exploitation des données biologiques sont désormais considérées comme un enjeu de sécurité nationale.
Les fabricants de drones figurent également parmi les principales cibles de cette mise à jour. Les autorités américaines estiment que les technologies développées pour les marchés civils peuvent être rapidement adaptées à des usages militaires, notamment dans les domaines de la reconnaissance, du renseignement et des opérations autonomes.
Au-delà de ces entreprises, la liste comprend également plusieurs acteurs majeurs des semi-conducteurs, de l’aéronautique, de la construction navale, des télécommunications, des batteries et des infrastructures numériques. On y retrouve notamment DJI, Huawei, Tencent, SenseTime ainsi que plusieurs groupes stratégiques de l’industrie chinoise.
Cette décision s’inscrit dans une politique américaine plus large visant à limiter l’accès de la Chine aux technologies sensibles. Contrôles à l’exportation, restrictions d’investissement, sanctions ciblées et limitations concernant les chaînes d’approvisionnement se multiplient depuis plusieurs années.
Pour Washington, les secteurs de l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs, des batteries, de la génomique, des drones et du cloud computing constituent désormais des domaines stratégiques où la frontière entre économie et défense tend à disparaître.
Cette nouvelle offensive réglementaire illustre une réalité de plus en plus visible : la compétition entre les États-Unis et la Chine ne se limite plus aux domaines militaires traditionnels. Elle se joue désormais au cœur même des technologies qui façonneront les équilibres de puissance du XXIe siècle.
