La Bolivie traverse l’une des plus graves crises économiques et sociales de son histoire récente. Face à la multiplication des barrages routiers et à l’aggravation des pénuries, le Parlement bolivien a adopté une loi permettant au gouvernement de mobiliser plus largement les forces armées dans le cadre d’un éventuel état d’exception.
Le texte a été approuvé après une session parlementaire marathon de quinze heures et doit désormais être promulgué par le président bolivien Rodrigo Paz. Cette décision intervient alors que des milliers de manifestants bloquent les principaux axes routiers du pays depuis plusieurs semaines.
Agriculteurs, mineurs, transporteurs et divers mouvements sociaux dénoncent la dégradation rapide de leurs conditions de vie dans un contexte marqué par une inflation croissante, des pénuries de carburant et une détérioration générale de l’économie nationale. Selon plusieurs observateurs, la Bolivie affronte actuellement sa pire crise économique depuis près de quarante ans.
Les blocages concernent désormais près de 80 points stratégiques à travers le pays. Des troncs d’arbres, des pierres et des débris sont utilisés pour couper les routes, perturbant fortement la circulation des marchandises et des carburants. Les régions de La Paz, El Alto, Cochabamba, Oruro et Potosí figurent parmi les plus affectées.
Les conséquences sur la population deviennent particulièrement préoccupantes. Dans plusieurs villes, les habitants sont confrontés à des pénuries de nourriture, de médicaments et de carburant. Les stations-service sont prises d’assaut et les files d’attente s’étendent parfois sur plusieurs kilomètres. De nombreux conducteurs passent plusieurs nuits dans leur véhicule dans l’espoir de pouvoir obtenir quelques litres d’essence ou de diesel.
La tension est montée d’un cran samedi lorsque des affrontements ont éclaté dans la localité de San Julián, dans le département de Santa Cruz. Les forces antiémeutes ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui bloquaient une route stratégique. Le bilan provisoire fait état de plusieurs blessés parmi les policiers et les civils.
L’un des points les plus controversés de la nouvelle loi concerne la protection juridique accordée aux militaires engagés dans les opérations de maintien de l’ordre. Le texte prévoit que les membres des forces armées bénéficieront d’une « présomption de légalité » lors de leurs interventions sous état d’exception. L’État prendra également en charge leur défense juridique en cas de poursuites.
Pour les partisans du gouvernement, cette mesure est indispensable afin de permettre aux militaires d’intervenir sans craindre des poursuites judiciaires ultérieures. Cette question demeure particulièrement sensible en Bolivie depuis les événements qui ont suivi la chute du président Evo Morales en 2019. Plusieurs responsables militaires de l’administration de Jeanine Áñez avaient alors été poursuivis après des affrontements ayant causé la mort de plus de trente personnes.
Le gouvernement accuse aujourd’hui Evo Morales d’être l’un des principaux instigateurs des manifestations. Les autorités estiment que ses partisans chercheraient à déstabiliser le pouvoir en exploitant le mécontentement populaire. L’ancien président rejette catégoriquement ces accusations et continue de dénoncer ce qu’il considère comme une campagne politique dirigée contre lui.
La crise prend également une dimension internationale. Les États-Unis ainsi que plusieurs dirigeants conservateurs d’Amérique latine ont publiquement apporté leur soutien au gouvernement de Rodrigo Paz. Cette prise de position illustre l’importance stratégique croissante de la stabilité bolivienne dans une région déjà confrontée à de nombreuses tensions politiques et économiques.
Alors que les appels au dialogue se multiplient, aucune solution politique ne semble émerger à court terme. Les principaux mouvements de protestation ne réclament plus uniquement des mesures économiques ou salariales. Certains exigent désormais la démission du président.
L’adoption de cette loi marque donc une étape majeure dans la gestion de la crise. Reste à savoir si le recours accru aux forces armées permettra de rétablir la circulation et l’approvisionnement du pays ou s’il contribuera au contraire à alimenter davantage les tensions dans une Bolivie déjà profondément divisée.
